J'ai pas compris pourquoi Jude a arrêté de m'appeler… 
La vérité, c'est qu'elle l'a jamais fait.
Je me bats contre des moulins à vent.
Miss courant d'air. Ma belle chimère. Je devrais effacer son numéro. 
“Je veux que tu saches que j'ai passé une nuit fantastique.”
Percer ma vieille carcasse pour tenir mon coeur palpitant dans le creux de sa main. Mon cœur tout sec.
Ça valait le coup de se foutre sur Tinder pour s'enticher de la seule nana qui veut rien de sérieux.
Épaules ouvertes, lèvres rieuses, voix franche, prunelles désinvoltes.
La liberté comme fondement absolu. Il fait chaud dans cette pièce.
Texte : Locha Mateso
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Je sens mon cœur s'emballer et mon passé renaître. C'était de si beaux moments, doux et innocents, remplis d'amour et d'instants gourmands. C'était ces mardis soirs, après l'école et la sortie à la piscine en famille, que nous nous retrouvions tous chez grand-mère pour vivre de grandes aventures. Nous y mangions des gâteaux moelleux, nous nous exposions à des jeux périlleux, surveillés par les regards bienveillants de nos mamans. Nous criions et jouions avec les chaussures de Maminou, bien trop grandes pour nos petits pitous.
Je n'oublierai jamais ces moments de notre enfance que le temps nous enlève. Désormais, c'est à nous de les créer et de prendre la relève.

Texte : Marina Fisicaro
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Dès qu’elle vit le manteau, ainsi jeté sur le canapé, elle comprit que Stella était rentrée. Trois jours sans donner de nouvelles, c’était rude quand même ! Ok, elle avait proposé de la dépanner mais ça ne voulait pas dire que Stella pouvait entrer et sortir comme dans un moulin… Le parfum de Stella avait déjà envahi l’espace et on pouvait suivre sa trajectoire dans l’appart en allant de fringues en fringues. « Et en plus elle est bordélique » pensa Jane, en ramassant les affaires de son invitée qui ne semblait guère se soucier des conventions. « Oh non ! Il y a des limites, pas les sous-vêtements, merde ! », du bout des doigts, Jane saisit le string en dentelle noir de Stella et se dirigea d’un pas ferme vers la salle de bain, bien décidée à lui gueuler dessus. Elle fut stoppée net dans son élan. Elle la vit, là, sous la douche. La porte était grande ouverte. Stella était de dos et ne voyait pas Jane. La peau de Stella, couverte de bleus, laissait glisser sur elle les gouttes d’eau. Immobile, le visage levé vers le pommeau de douche pour recevoir l’eau en pleine face, Stella semblait chercher à recevoir la force de l’univers. 
Jane marcha à reculons comme si cela pouvait lui permettre de faire moins de bruit. Elle déposa les fringues de Stella en boule dans un coin du salon. 

Quand Stella débarqua dans le salon en peignoir, les cheveux prisonniers d’une serviette-éponge, Jane fit mine de feuilleter un magazine tout en buvant son thé glacé, assise sur l’accoudoir du canapé. 
Souriante, Jane lança, « Salut, ça va ? Je me suis permise de ramasser tes fringues, il y en avait partout ! », et Stella répondit « Merci, c’est cool. J’avais trop chaud, je devais filer sous la douche en urgence ». Stella se servit également un thé glacé et se vautra dans le divan comme si elle n’avait pas le corps couvert de bleus. Jane comprit qu’elle ne trouverait jamais le courage de lui en parler.

Texte : Anne Lucie Domange-Viscardi
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On est bien ici. Enfin… Il est bien ici. Parce que moi j'étouffe. Moi, si je le pouvais, je partirais loin. J'irais là où les ciels sont infinis et où les montagnes donnent de jolis vertiges. Ou bien j'irais vers l'océan, j'ai toujours aimé l'océan. Il aspire les pensées et les laisse s'éclater sur le rivage. Au bord de l'eau on oublie tout, nos rancœurs filent vers le large et on pardonne à la vie.

Mais à quoi bon, je l'aime lui, et sans doute qu'il m'aime aussi. Il est cette cage si parfaite dans laquelle je m'abandonne. 
Il est là et pourtant si loin de moi. Alors un jour je partirai.
Texte : Lucile Ghemar
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C'était une de ces journées d'automne, une de celles où le soleil joue à cache cache avec les nuages. C'était une de ces journées où le vent s'engouffre dans ton manteau que tu refermes aussitôt d'un coup sec. Cette journée-là, j'avais décidé que ce serait aujourd'hui. Aujourd'hui que débuterait ma vie, loin de lui, loin de la douceur d'un confort rassurant, d'un quotidien monotone, loin d'une vie sans tumultes. 

Folle me direz-vous ? Peu importe ce que les gens pensaient, j'avais envie de légèreté, d'insouciance et de vivre sans penser à demain. Le pas lourd mais décidé, j'avais senti ma gorge me serrer, était-ce le froid ou le flot de souvenirs qui remontait ? J'avais continué à marcher sans me retourner, j'étais loin d'imaginer que je le regretterais si vite…
Texte : Pauline Franque - Rekruciak
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- Tu m'as menti…Tu le sais.
- Non, j'ai toujours été honnête avec toi depuis le début, n'essaie pas de me faire culpabiliser comme ça putain.
- Ah parce que tout a toujours été clair ?? Tu m'as pris pour le roi des cons, t'es…
- Bien sûr ça va être de ma faute! De toute façon j'ai fait ce que j'ai fait, je vais pas me morfondre dans la mélancolie. 
- Oui surtout, ne rajoute pas cela sur tes petites épaules et ton coeur fragile…
- Je t'ai toujours aimé tu le sais. 
- Je le pensais, mais j'ai été là pour toi du début à la fin, c'est pas un amour que tu peux ne pas voir, regarde ton passé quoi… 
- Je suis désolé je te l'ai déjà dit, je peux pas faire plus. 
- C'est bien le problème.
- Je pense qu'il faut que je te laisse du temps, et que l'on se retrouve plus tard. 
- Non merci, je n'oublie pas. Et je ne marche pas comme toi, je ne ferme pas les yeux en secouant la tête… 
- T'es en train de me faire pleurer là! Je peux pas faire plus je t'ai déjà dit, j'ai toujours pensé à toi.
- J'ai tout fait pour te faire comprendre. 
- Tu m'as menti… Tu le sais… 
Une sonnerie retentit dans l'écho d'entre les murs : “ Allez putain.. ” . De l'autre côté, le silence se fait dans le vide d'entre les murs.
Texte : Franck Fagel
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Ici,

Brouhaha, annonces vocales, mouvements mécaniques des contrôleurs, bribes de conversations des voyageurs m’accompagnent encore. La curieuse sensation d’avoir parcouru une très longue distance m’habite.
Je viens de pousser la porte de l’appartement récemment loué, qui m’attend, dans une ambiance à la fois accueillante et neutre.
Ma valise pleine à craquer, au ventre trop nourri, repose à mes pieds. Mon épaule engourdie par le poids de mon sac s’incline vers le parquet pour s’en libérer. Je me tiens debout, devant la table que j’interroge dans un tête-à-tête silencieux. Des images de rêves féconds, doux et joyeux, défilent devant mes yeux pétillants. Mon corps chancèle dans un frisson d’excitation.
Comme une mère aimante, aux gestes tendres et au regard rassurant, l’avenir me tend les bras, prometteur de jours radieux, par tous les temps.
Ici, se tiendra le théâtre de ma nouvelle vie.
Texte : Karima Derkaoui
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Rien de tel qu’une porte entrouverte pour garder un œil sur l’avenir, ou sur le passé, tout dépend de quel côté de la porte on se trouve. Quand un rayon lumineux comme celui-ci transparaît, je me donne le luxe d’être optimiste et de rêver à un monde meilleur : sans extrémisme, sans guerre, sans crise écologique, sans extinction de masse.
La porte, c’est le passage d’un monde vers un autre. On peut l’ouvrir brutalement, avec fracas ou en douceur. On peut la pousser en silence ou produire un grincement plaintif digne d’un bruitage de film d’épouvante. On peut tourner la poignée avec désinvolture ou avec angoisse, jusqu’à tenter de percevoir quelque chose à travers le judas avant de prendre le moindre risque.
Et si cette luminosité cachait d’obscurs secrets ? Peut-être que je ne suis pas sensé voir ce qui se passe de l’autre côté, ou pire, peut-être que cette apparente clarté pourrait mettre en lumière tous mes défauts si je m’y exposais ? 
J’entends quelqu’un crier au loin. Au diable l’optimisme ! Cette porte, je n’y toucherai pas. Comme beaucoup, je ne suis qu’un figurant dans le film de ma propre vie, j’attendrai qu’un courant d’air choisisse pour moi.
Texte : Amaury Messelier​​​​​​​​​​​​​​
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Je reviens sur mes pas après toutes ces années. Derrière la porte close, que reste-t-il de nos souvenirs ? La chaleur d’un été, les étreintes enfumées, les murmures de nos voix qui se mêlent.

“Ici ou ailleurs”, me disait-elle, alors qu’elle avait sa tête posée sur mon épaule. Je me rappelle de nos caresses désespérées, à courir après le temps, miroir déformé de ce qui a été et n’est plus, tentant naïvement de reconstruire ce qui devait se finir bien des années plus tard. Je tente de me rappeler son visage, à ce moment précis, de ses yeux qui regardait au loin, comme si elle savait déjà l’issue inéluctable qu’aurait notre histoire mais son image m’échappe désormais. Des éclairs, des souffles, des corps qui s’esquintent et des soupirs prononcés, des serments donnés et son regard qui transperce mon âme. Puis la douleur dans ses yeux. Elle se détourne et m’échappe à jamais.

Je reviens sur mes pas après toutes ces années et derrière la porte close, ne reste que les fragments d’une rencontre, murmurés par nos souvenirs imparfaits.
Texte : Tien Tran
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